Faire mode, effet de mode, qu’est-ce que la mode ? La notion de mode, telle qu’on l’entend aujourd’hui, n’existe pas avant le XXe siècle. Toutefois, la volonté de « faire mode », d’uniformiser une collection et de créer par saisons apparaît dès 1858 sous la direction de Charles Frederick Worth, considéré comme l’inventeur de la Haute Couture au sens actuel du terme.
La mode n’est reconnue comme pratique artistique que dans les années 1980, sous François Mitterrand. Cette reconnaissance ne vient pas de nulle part : elle est le fruit d’un travail collaboratif entre plusieurs acteurs, qu’ils soient artistiques, économiques ou politiques.
Protéger la création : la lutte contre le plagiat
Dans les années 1920, Madeleine Vionnet est considérée comme la grande protectrice de la création Haute Couture. Aux côtés de Lucien Lelong et de la Chambre syndicale de la Haute Couture, elle lutte contre le plagiat de mode et défend la Haute Couture comme un domaine à part de la création. La reproduction à moindre coût de modèles inventés par des couturiers s’intensifie : on retrouve notamment des robes imaginées par Balenciaga, Gabrielle Chanel ou encore Jeanne Lanvin aux États-Unis, dans des boutiques de revente et de copie.
La mode face à la guerre
Durant la Seconde Guerre mondiale, la mode subit un grand choc financier. Les ateliers sont soumis à des restrictions de matières premières : des tickets de rationnement ou la carte « couture création » sont nécessaires pour se fournir en tissus jusqu’en 1948. Certains déjouent la règle, comme Balenciaga qui, de par sa nationalité espagnole, se procure du tissu en Espagne afin d’en avoir davantage et de continuer à concevoir de la Haute Couture. De nombreuses maisons ferment toutefois, comme Schiaparelli ou encore Chanel. La Haute Couture maintient néanmoins une certaine dynamique grâce au soutien de Paul Reynaud, ministre des Finances.
C’est par une initiative artistique, mêlant plusieurs domaines comme le théâtre et la mode, que la Haute Couture française est reconnue à l’international en 1949. C’est ainsi que débute l’exposition Look ! 40 ans de mode au musée : par l’explication de ce qu’est le Théâtre de la mode, un travail collaboratif entre Christian Bérard, Jean Cocteau et tous les couturiers français. Cette exposition, itinérante dans tous les pays, a permis de diffuser la Haute Couture française à l’échelle internationale.
Faire mode : un travail collectif
Faire mode est un travail collaboratif entre différents corps de métier et différentes personnalités. La création ne repose pas seulement entre les mains du couturier : elle dépend aussi du choix des tissus, du motif dessiné par les dessinateurs, de l’assemblage et de bien d’autres facteurs. « Le tissu est le vecteur de nos rêves, bien des tissus ne naissent que de lui », affirme Christian Dior dans son livre Christian Dior et moi. Hubert de Givenchy, lors d’une interview de 2013, décrit l’émotion et l’effervescence créative qui le guident lorsque des tisserands comme Bianchini Férier apportent de nouveaux modèles de textiles et de motifs. Les couturiers eux-mêmes témoignent que la mode n’est pas seulement liée à la figure du grand couturier.
L’exposition met en lumière une figure méconnue du grand public : André Brossin de Méré, dessinatrice et fabricante textile. En 1948, elle commence son activité à Zurich avec INANO, un groupe de tisseurs suisses. Elle décide toutefois de s’émanciper et, en 1953, elle fonde sa filiale à Zurich, Tissus Brossin de Méré. Elle collabore avec de nombreux couturiers comme Dior et Yves Saint Laurent, mais également Hubert de Givenchy. Une robe citron illustre notamment cette collaboration entre les tissus Brossin de Méré et Hubert de Givenchy.
« Ce que je préfère, c’est l’inspiration, je vais voir toutes les expositions, je visite les antiquaires ; pour ma collection Entremets, j’ai acheté tous les magazines de cuisine », témoigne Brossin de Méré. Pour elle, la création ne se fait pas de manière isolée : en sortant, en regardant le monde, la curiosité fonde sa créativité.
Conserver la mode
L’exposition se poursuit par une présentation des corps de métier liés à la culture et à la conservation des œuvres de mode. On comprend qui les conserve, qui les restaure et comment elles sont stockées. La gestion d’une pièce de mode, que ce soit dans son expo
sition ou sa conservation, n’est pas identique à celle d’un tableau ou d’une sculpture. Le textile se dégrade plus vite à la lumière et selon certaines températures. Il est important de surveiller l’état de conservation d’une œuvre textile et de prévenir les risques : l’exposer six mois maximum, la stocker dans un endroit neutre et installer des pièges pour certains insectes ou nuisibles.
À titre anecdotique, la manière de stocker une pièce vestimentaire peut entraîner des dommages. Une robe des années 1920, constituée de sequins et de passementeries lourdes, ne peut pas être stockée dans les réserves sur cintre : elle doit l’être à plat. Avec la pesanteur, le poids déchirerait la robe et ses fines bretelles.
Les expositions du MAD en un regard
Pour clôturer l’exposition, l’allée centrale présente les tenues emblématiques des expositions qui se sont tenues au MAD : La Mécanique des dessous, une histoire indiscrète de la silhouette en 2013, Travaux de Dames ? en 2017, Mode et sport, d’un podium à l’autre en 2023, et bien d’autres. Elles nous rappellent tous les travaux de recherche menés par les commissaires et les équipes des expositions.