Cour du Sphinx : restaurer un lieu, partager sa transmission

Publié le 6 octobre 2026

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Cour du Sphinx : restaurer un lieu, partager sa transmission

Par Pauline Bion et Martin Chanteranne, fondateurs de Mecenia

Le Louvre souhaite réunir 800 000 euros auprès du public pour compléter le financement de la restauration de la cour du Sphinx, dont l’achèvement est annoncé à l’horizon 2029. Lancée le 1er octobre 2026, la campagne « Tous mécènes ! » associe conservation du patrimoine, renouvellement du parcours et participation au choix d’un nouveau nom. (Louvre, la campagne)

Mecenia soutient cette initiative et y a pris part dès son ouverture, indépendamment de tout partenariat avec le Louvre. Elle nous intéresse pour une raison qui dépasse le chantier : que signifie devenir mécène d’un lieu public, et quelle place cette contribution donne-t-elle dans son avenir ? La culture est une richesse collective dont la conservation exige des moyens durables. Reste à relier ces moyens à ce qu’ils permettent de transmettre.

Un lieu qui change de fonction

La cour porte la trace de plusieurs vies. L’appellation « cour de la Reine » apparaît dès 1652, lorsque Louis Le Vau aménage les appartements d’Anne d’Autriche autour de ce lieu de promenade. Après l’incendie de 1661, il reconstruit les parties détruites et réalise la façade qui marque encore la cour. L’installation de l’Académie royale de peinture et de sculpture au Louvre en 1692 lui donne une autre fonction : elle devient l’atelier à ciel ouvert de François Girardon, rempli de sculptures.

Les noms suivent ces usages : « petit jardin à Monsieur Girardon », « cour de l’Infante », puis « cour du Musée » à l’ouverture du Museum central des Arts en 1793. Sous Napoléon III, deux ailes nouvelles au nord-ouest ferment la cour ; en 1934, une verrière en fait la première cour couverte du musée. Ce que l’on restaure aujourd’hui n’est donc pas un décor figé, mais un lieu transformé par les besoins de ses occupants et de ses visiteurs. (Louvre, histoire et projet)

Gravure ancienne de la façade ouest de la Petite Galerie du Louvre et de la cour du Sphinx

Hier : la façade ouest de la Petite Galerie du Louvre et la cour du Sphinx, détail d’une planche du recueil Destailleur. Bibliothèque nationale de France, via Gallica. Domaine public.

Son nom actuel vient du Grand Sphinx de Tanis, exposé dans la cour entre 1826 et 1848. Cette sculpture colossale en granite rose, longue de 4,80 mètres, se trouve désormais dans la crypte du Sphinx, aile Sully, et non dans la cour de l’aile Denon. Le lieu a conservé le nom d’une œuvre qui en est absente depuis près de deux siècles.

Le Grand Sphinx de Tanis, sculpture égyptienne en granite rose conservée au Louvre

Le Grand Sphinx de Tanis, en granite rose, dans les collections du Louvre. C’est à lui que la cour doit son nom. Photo : Shonagon, CC0.

Restaurer pour conserver et accueillir

La verrière de 1934 présente des fuites, une maintenance complexe et une aération insuffisante. Les infiltrations ont aussi altéré les façades. Le chantier, confié à Michel Goutal, architecte en chef des monuments historiques, associe la restauration du bâtiment à une nouvelle présentation des collections, conçue par le groupement WHY-BGC.

Le programme prévoit une verrière entièrement remplacée, une surface de vitrage doublée et une ventilation naturelle de type « free-cooling ». Les façades seront restaurées et le sol refait, avec un dallage intégrant un plancher chauffant. Le Louvre entend stabiliser l’environnement des œuvres, améliorer le confort des visiteurs et limiter la consommation énergétique. Les documents de campagne consultés ne chiffrent toutefois pas les économies attendues. (Louvre, programme de restauration)

Cette ambition mérite notre soutien, mais aussi une attention à ses résultats. Pour Mecenia, financer une restauration, c’est permettre aux équipes de conserver et de transmettre dans de meilleures conditions ; c’est également pouvoir comprendre, une fois le projet réalisé, ce que le financement a rendu possible.

Infographie : le chantier de la cour du Sphinx en quatre volets (verrière, façades, sol, parcours romain) et son calendrier, de la souscription du 1er octobre 2026 à la réouverture prévue en 2029

Le chantier en bref. Infographie Mecenia, d’après les informations publiées par le musée du Louvre (tousmecenes.louvre.fr). Le calendrier présente les échéances annoncées, susceptibles d’évoluer.

La cour doit devenir un espace de calme et de médiation au sein de l’aile Denon. Le parcours annoncé, élargi au-delà de l’Asie Mineure, permettra de découvrir des œuvres monumentales issues de différents territoires de l’Empire romain.

La Mosaïque des Saisons de Daphné, près d’Antioche, fera voir les savoir-faire d’une villa romaine du IVe siècle. Sa restauration en 2018-2019 a notamment révélé l’emploi de verre doré, documenté par Cécile Giroire. La frise du temple d’Artémis à Magnésie du Méandre, datée du IIe siècle avant notre ère, rappelle quant à elle l’héritage grec de cet ensemble. Enfin, le retour annoncé du Tibre, accompagné de la louve allaitant Romulus et Rémus, donnera une place au récit fondateur de Rome. « Romain » désigne ici un parcours, pas l’effacement des origines et des époques des œuvres. (Louvre, les œuvres ; Cécile Giroire, étude de la mosaïque)

La statue antique du Tibre au Louvre, avec la louve allaitant Romulus et Rémus

La statue du Tibre, dont le retour dans la cour du Sphinx est annoncé par le Louvre. Photographie des collections, et non une vue du futur aménagement. Photo : Tangopaso, domaine public.

Donner et participer

La campagne ouvre une forme de participation qui ne se réduit pas au don : chacun peut proposer un nouveau nom jusqu’au 23 novembre 2026. Le Louvre établira ensuite une sélection, soumise au vote des donateurs. Le dispositif est donc ouvert à tous pour la proposition, puis lié à la contribution financière pour le vote. (Louvre, choix du nouveau nom)

Cette articulation mérite d’être discutée sans procès d’intention. Donner permet de soutenir concrètement un projet ; découvrir, comprendre et proposer sont aussi des manières de prendre part à la vie culturelle. Les reconnaître ensemble évite de confondre le montant d’une contribution avec la valeur d’un regard sur le patrimoine.

C’est ce dialogue que Mecenia veut favoriser entre acteurs économiques, professionnels de la culture et publics. Un patrimoine partagé se construit par sa découverte, sa transmission et le soutien à sa conservation. Le mécénat peut y contribuer lorsqu’il rend les besoins compréhensibles et respecte le rôle de ceux qui conservent, étudient et présentent les œuvres.

Pourquoi nous proposons « Maecenas »

Dès le 1er octobre, Mecenia a proposé « Maecenas », le nom latin de Mécène. Conseiller d’Auguste, il protégea notamment Virgile et Horace. La référence résonne avec le parcours romain annoncé et rend hommage au soutien des lettres et des arts. Mais le personnage ne se résume pas à un généreux amateur de poésie : son patronage servait aussi la politique d’Auguste. Nous retenons le geste de soutien aux arts, sans en faire un modèle de pouvoir. (Encyclopædia Britannica, Gaius Maecenas)

Ce nom ne rappelle pas directement un ancien occupant de la cour. Notre proposition privilégie la référence romaine et l’hommage aux soutiens des arts, plutôt qu’un élément de son architecture. Elle demande aussi une explication : la forme latine est moins familière que « Mécène », et une figure privilégiée de l’Antiquité ne représente pas spontanément une collecte ouverte à tous.

La proximité sonore avec Mecenia peut enfin paraître autoréférentielle. Ce n’est pas à notre association que le lieu doit rendre hommage : le nom doit être jugé pour ce qu’il apporte à la compréhension des collections et de leur transmission. D’autres propositions, plus directement ancrées dans l’histoire ou les œuvres de la cour, pourront être tout aussi pertinentes.

Nous soumettons donc « Maecenas » comme une invitation à relier l’histoire des collections à celles et ceux qui contribuent aujourd’hui à leur transmission. La sélection appartient au Louvre et le choix final aux donateurs appelés à voter.

Soutenir la campagne

La souscription se poursuit jusqu’au 19 janvier 2027 sur le site officiel Tous mécènes !. Vous pouvez également y proposer un nom jusqu’au 23 novembre 2026. Soutenir ce chantier, c’est contribuer à la conservation du lieu et à la redécouverte de ses œuvres.

Découvrir Mecenia : retrouvez notre mission, nos valeurs et notre premier article. Pour suivre nos travaux ou rejoindre l’association, consultez la page Adhérer ou écrivez-nous à contact@mecenia.org.

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